Gestion des membres : plus de temps pour la relation, moins pour l’administration
- Claudia Loutfi

- 8 oct. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 nov. 2025
Dans bien des organisations collectives, la gestion du membership est à la fois un pilier démocratique… et une source de charge organisationnelle. Entretenir les liens, renouveler les adhésions, engager, communiquer avec des centaines (parfois des milliers) de membres : c’est un travail immense.
Souvent, faute de temps, tout se fait dans l’urgence et au cas par cas. Et si on rendait le tout plus fluide, plus clair, plus intentionnel ?
Pourquoi systématiser le processus ?
Systématiser ne veut pas dire automatiser sans âme.
C’est créer un cadre qui réduit la charge administrative et libère du temps pour la relation. Comme vous le constaterez surement dans ce billet, une vie démocratique dynamique n’est pas le fruit du hasard : elle repose sur une série de gestes organisés, sensibles et continus.
Dans ce billet, je partage des pratiques concrètes de gestion des membres, inspirées de conditions favorables à l’engagement collectif. La mobilisation étant un champ vaste et théorique, ce texte ne se veut pas exhaustif : c’est une perspective parmi d’autres, épurée et rendue pratico-pratique pour passer à l’action sur le terrain.
Adapter la relation à chaque membre
Toutes les personnes membres n’ont pas la même disponibilité ni le même niveau d’influence. Chercher à impliquer tout le monde de la même manière mène à la fatigue et parfois au désengagement.
Un outil précieux ici est la matrice intérêt / influence, qui aide à différencier les types de membres et à adapter votre approche en conséquence :
Intérêt et influence élevés : à impliquer de près (co-piloter, co-construire, partager des responsabilités).
Intérêt élevé, influence faible : à engager en les consultant et en valorisant leur participation.
Intérêt modéré, influence élevée : à tenir informés et à reconnaître leur rôle, sans les sursolliciter.
Intérêt et influence faibles : à garder à l’œil, avec des points de contact simples et bienveillants.
Cette approche, inspirée des pratiques de gestion des parties prenantes (Freeman, 1984 ; Harvard Business Review, 2023), permet de cibler les efforts relationnels là où ils ont le plus d’impact.
Mais l’intérêt et l’influence ne suffisent pas toujours à comprendre l’engagement. Les travaux de Maëlle Brouillette, basés sur les régimes d’engagement de Laurent Thévenot, rappellent que les citoyen·nes s’engagent selon trois logiques complémentaires :
Régime | Ce qui motive | Ce dont ils ont besoin | Comment les impliquer |
Justification (bien commun, citoyenneté) | Défendre l'intérêt public, justice sociale | Reconnaissance de leur capacité d’agir, espace pour influencer | Co-pilotage / co-construction |
Plan (projet personnel, compétences) | Se réaliser, utiliser ses talents, trouver une utilité | Rôles adaptés à leurs compétences, temps limité respecté | Implication flexible, rôles ciblés |
Familier (attachement, lien, proximité) | Attachement au quartier et aux relations humaines | Relation de confiance, sentiment d’appartenance | Maintien du lien, communication régulière |
L’engagement durable repose sur la reconnaissance de ces profils et l’ajustement des attentes et des interactions en conséquence.
Systématiser pour simplifier, oui, mais pour surtout humaniser
Pour soutenir cette personnalisation sans s’épuiser, certaines tâches répétitives (relances, signatures, gestion de données, etc.) peuvent être rendues plus simples et plus régulières grâce à des outils accessibles :
Une base de données centralisée (pas besoin d’un CRM sophistiqué)
Des formulaires connectés pour mettre à jour automatiquement les informations
Des courriels personnalisés avec des « merge tags », pour garder un ton humain sans copier-coller
Un calendrier de communication avec points de contact planifiés
Ces outils permettent de segmenter, personnaliser l’accompagnement et surtout préserver le temps humain pour la relation.
Le Centre d’action bénévole de Montréal (CABM) rappelle d’ailleurs que systématiser la gestion du bénévolat (et par extension des membres) permet :
d’assurer l’efficacité et la pérennité,
de renforcer le sentiment d’appartenance,
de soutenir la satisfaction et l’épanouissement,
de garantir des processus équitables et transparents.
Clarifier les rôles et les façons de contribuer
Savoir qui sont les membres est une chose, mais eux doivent aussi savoir comment se situer ! Offrir des rôles flexibles et adaptés, comme le recommandent les recherches basées sur la théorie de l’autodétermination, ne suffit pas si cela crée de l’ambiguïté.
L’exemple de la campagne de Zohran Mamdani, qui s'est distinguée par l'accent mis sur l'organisation (organizing) plutôt que sur la simple mobilisation (mobilizing) ou la défense (advocacy), montre à quel point la clarté structurelle favorise la mobilisation :
rôles définis et communiqués clairement,
formations courtes et régulières,
objectifs clairs,
rappel du sens collectif.
Créer des espaces de cadrage et de reconnaissance (base de connaissances, documents clés, formations, lieux de participation) aide les membres à comprendre leur rôle et à s’y sentir légitimes.
La clarté, c’est du soin démocratique et un puissant moteur d'engagement !
Faire du renouvellement un levier d’engagement
Le renouvellement du membership n’est pas qu’une formalité administrative. C’est une occasion stratégique de réaffirmer le sens de l’engagement.
Chaque cycle de renouvellement peut rappeler :
Les droits et responsabilités des membres,
Les projets collectifs en cours,
Les façons de contribuer (comités, événements, partage d’expertise).
Cela redonne souffle à la vie associative et permet aux membres de se reconnecter à la mission commune.
Une étude du Stanford Social Innovation Review montre que lorsque les organisations structurent et systématisent le partage d’information autour de leur mission, leurs membres développent un sentiment d’appartenance plus fort et une compréhension plus claire de leur rôle. Ce renforcement de l'alignement permet ensuite de consacrer davantage d’énergie à l’engagement humain (c’est-à-dire au relationnel et à la mobilisation) plutôt qu’à des tâches répétitives de communication et de clarification.
Systématiser, c’est humaniser par la clarté.
Une gestion du membership bien pensée permet :
moins de temps perdu en coordination,
plus de temps pour créer du lien,
une gouvernance vivante et inclusive,
et des membres impliqués de façon durable.
Systématiser, c’est créer les conditions pour que l’humain soit au centre.


